Encore de l’amour.

Le 15 Juillet, au matin, l’un de mes amis facebook a re-posté une image que je ne pensais pas revoir de sitôt. Un fond noir et quelques mots. « Il va falloir beaucoup, beaucoup, beaucoup d’amour ». La dernière fois c’était après le 13 Novembre, au milieu de la nuit. Quand je zappais de la télé à twitter, ma petite soeur, dans le onzième, au téléphone. La dernière fois je pensais que c’était la dernière fois.

De l'amour Lire la suite

Nostalgie à la Française

Vivre loin est un choix, être partie à l’étranger pour quelques mois, quelques mois qui se prolongent, c’est mon choix. Ma décision. Et tous les jours je me lève heureuse, j’aime cette vie différente qui me confronte à l’inconnu, me fait rencontrer mes limites, m’ apporte tous les jours, m’apprends la chance que j’ai, m’ouvre les yeux sur ma vie.

Vivre loin fait aussi vivre plus intensément tous mes souvenirs. Quand je ferme les yeux assez fort je revois la lumière dans la cuisine de ma grand mère, j’entends la voix de ma mère et je sens l’odeur de la lavande lorsque je partais prendre le train, pour aller en ville. Vivre loin c’est fort dans la joie comme dans la nostalgie. Et alors que l’été prend ses aises en Europe, l’hiver Africain m’entoure de se fraicheur et, roulée en boule sous une couverture – oui, 20° est devenu mon hiver- je pense à tous ces gens, toutes ces choses , petites et grandes, que j’ai laissé derrière moi. Tous ces moments que je n’avais jamais remarqué avant, parce qu’ils étaient là, qu’ils existaient. Toutes ces choses qui ne manquent que quand on les voit de loin. Une petite nostalgie à la Française m’envahit.

Les apéro parisiens Lire la suite

Tous ces trésors, au Malawi

Après quelques mois passés au Malawi j’ai eu la chance de me promener un peu dans le pays et de voir de très beaux endroits que j’ai souvent partagé ici. Mais ce pays tout petit, tout petit, est encore méconnu alors je me suis dit qu’une petite carte pour résumer tous ces beaux endroits où j’ai été, serait une bonne idée. Et si toi aussi tu as envie d’aller au Malawi et voudrais en savoir plus sur tout ce qu’il a à offrir… Tu me suis ?

Malawi Carte Lire la suite

Atteindre des sommets

Encore une première, une grande première, une première de 3,002 mètres très exactement. Une première de 3 jours, 2 nuits à gravir une montagne. Et atteindre des sommets, deux pour être précise. Dont le plus haut d’Afrique centrale, Sapitwa. Une première donc, une première qui m’effrayait, m’impressionnait. Parce que jamais, non jamais jamais je n’avais gravi de montagne auparavant. Et non, jamais, jamais je n’étais partie en randonnée, sac au dos, pour plusieurs jours. Et puis on m’avait dit et redit à quel point Mulanje, puisqu’il s’agit du Mount Mulanje, était dur, impressionnant, plus que le KIlimandjaro même ! Et puis Sapitwa signifie « n’y va pas » en chichewa, pas de quoi me rassurer. Alors je ne savais pas comment j’allais montrer jusqu’au sommet et j’avais prévu de vivre un véritable enfer. Mais aussi que, quoi qu’il arrive, j’atteindrai ce sommet.

Mount MulanjeAlors on est partis un petit matin, rejoindre une groupe d’américains avec qui nous irions à l’assaut de cette montagne. 9 mormons d’une vingtaine d’années, souriants et enthousiastes, quelques timides mots échangés, ça va aller, on va y arriver. Et puis l’on rencontre nos guides, nos soutiens pour les jours à venir, George et Mackenzie accompagnés d’une équipe de porteurs pour la nourriture, l’eau et les sacs de couchage. Nous porterons le reste. Et c’est vite l’heure du briefing. Parce que la montagne c’est très, très, beau mais c’est aussi dangereux, très dangereux. Ce qui nous attends pour les prochains jours est loin d’être de tout repos mais maintenant que je suis là, plus de panique, juste l’excitation de partir à l’aventure, une véritable aventure où je peux compter uniquement sur mes jambes pour me porter. 3 jours, 2 nuits, 7 heures de marche le premier jour, nuit dans une hutte, 9 heures le second jours pour atteindre West Peak et Sapitwa, nuit dans une seconde hutte, 7 heures le dernier jour, passage dans des piscines naturelles et cascades. Retour au point de départ, changés surement. Lire la suite

En safari, j’ai appris…

Parce qu’un safari ce n’est pas seulement être assis dans une voiture à l’affut des animaux sauvages mais c’est aussi rencontrer des gens, un guide et parler, parler, parler et ne cesser d’en apprendre plus sur tout ce que l’on voit, voici quelques petites choses que j’ai découvert sur les routes des parcs nationaux du Malawi et de Zambie…

ElephantsLes hippopotames ont la peau sensible, oui, oui messieurs dame. Cette grosse bête reste immergée dans l’eau une grande partie de la journée car le soleil lui fait du mal ! Autre fait surprenant, un hippopotame ne peut ni nager, ni flotter, il marche au fond de l’eau et remonte régulièrement pour respirer ! Attention de ne pas vous retrouver sur son chemin, c’est l’un des animaux les plus dangereux du bush et très très possessif en ce qui concerne son territoire. Enfin cet étrange animal est cousin avec la baleine et le dauphin. Oui, l’évolution est étonnante !

Les girafes sont les plus grands animaux terrestres. Leur tête est si éloignée de leur coeur que celui-ci est doté d’une force surprenante pour pomper le sang jusqu’au cerveau et doit s’adapter lorsqu’elles se baissent pour s’abreuver. D’ailleurs c’est au moment de boire que ces doux mammifères sont les plus vulnérables.

GiraffeLes crocodiles ont le sang froid et peuvent paresser des heures et des heures au soleil. Ils n’ont besoin de se nourrir qu’une fois par semaine et les plus grands d’entre eux peuvent se passer de manger pendant une année entière en ralentissant leur rythme cardiaque. Pour cela ils s’enfoncent dans la boue, au frais et font baisser leur température.

Les léopards peuvent trainer leurs proies jusque dans un arbre afin de pouvoir déguster leur repas tranquillement, et éviter que les hyènes ne s’approprient le butin. Car oui, ces dernières ne sont pas timides et n’hésitent pas à travailler en équipe pour se nourrir. Elles ont d’ailleurs une mâchoire extrêmement puissante ! (PS : leurs petits sont adorables !)

Les zèbres seraient zébrés pour être difficile à attraper dans le bush, leurs zébrures rendant difficile leur appréhension par les prédateurs, mais les scientifiques n’en sont pas certains. Que de mystères encore dans le bush!

Coucher de soleil

Impermanence

Les choses ne cessent de bouger, de changer. Je ne l’ai compris que très récemment. Rien n’est permanent dans la vie et c’est en devant un peu adulte que l’on saisit cette instabilité constante qui anime le monde et le rend si effrayant, si intéressant.

L’impermanence de la vie m’a longtemps terrifiée. Parce que ça signifie ne rien contrôler, être sur une pente glissante et tenter, en vain de la remonter. Mais depuis que j’ai lâché prise alors le chemin s’avère passionnant, surprenant et tellement plus vivant.

L’impermanence des choses c’est donc décider de rester ici, où tout est si différent, un peu plus longtemps que prévu. Et sans trop savoir combien de temps tout ça durera c’est laisser les choses se dérouler et saisir les moments qui ne cessent d’apparaître.

Alors je reste. Pour mieux te raconter mon ici, ailleurs, et puis continuer de trouver tous ces trésors qui se cachent dans chaque seconde.

Malawi

Nothing is absolute. Everything changes, everything moves, everything revolves, everything flies and goes away.

~ Frida Kahlo

Zomba Plateau : la montagne en Afrique

Et une nouvelle semaine arrive à sa fin. Et le weekend, une fois encore, est long d’un jour de plus. Et le soleil brille. Alors on prend une carte et les doigts pointent Zomba, pour une prochaine aventure. Un peu ailleurs et différente. Un plateau, de l’altitude, des paysages différents et une toute autre histoire. Zomba, là où il fait plus frais et où l’on emmène sweatshirt et chaussettes. Zomba, là où l’on troque les bikinis pour les baskets et où au lieu de bain de soleil on fait de la randonnée. Alors oui, ce weekend ce sera cap au sud, direction Zomba Plateau pour trois jours. Vous venez ?

Zomba PlateauZomba Plateau Lire la suite

Roadtrip : direction Nkhata Bay

Louer une voiture au pied levé un vendredi matin et partir tentes et sacs de couchage dans le coffre direction le nord du Lac Malawi. C’est tout un programme, toute une aventure. Prendre la route à la dernière minute, téléphoner en chemin pour savoir si, par hasard, nous pourrions planter nos tentes pour une ou deux nuits dans l’enceinte d’un lodge. Charger des bouteilles, des tapis de sols et des sacs à dos remplis de maillots de bain et puis « hit the road », comme disent ces anglais qui m’entourent. C’est ça, aussi, le Malawi. Saisir le moment, l’instant et sans trop y penser, sans trop savoir comment, se retrouver sur la route pour six heures, direction l’inconnu avec l’enthousiasme grandissant d’un enfant à l’approche de Noël. C’est augmenter le volume de la musique et chanter à tue tête, voir les kilomètres défiler. Les paysages changer, passer des champs aux forêts, du jaune orangé au vert foncé. C’est piler parce qu’une vache est passée sous les roues d’un camion. Freiner brusquement parce qu’une chèvre n’en fait qu’à sa tête et ne renonce pas à sa traversée dangereuse.

C’est voir le soleil se coucher, le ciel se teinter de rose alors que le jour tombe. C’est voir la nuit monter alors que la route continue de se dérouler sous nos roues. La lune remplacer le soleil et les étoiles se multiplier dans le ciel. A l’avant les phares percent la nuit noire que rien ne vient éclairer si ce n’est la rares voitures que nous croisons. Parfois des silhouettes de marcheurs nocturnes, des cyclistes solitaires et au bord de la route des villages. Par la lunette arrière je me laisse emporter dans le ciel et à compter les étoiles j’en oublie le temps qui passe et qui passe. J’en oublie qu’au bout de la route, l’inconnu nous attends et je me laisse complètement emporter par ce voyage qui n’en finit pas de continuer encore et encore. Dans la voiture la musique, la voix de mes collègues, qui plaisantent. Je ne saisis pas tout, le bruit du moteur couvre leurs voix.

Makuzi Beach Lodge Lire la suite

Les petites et les grandes leçons du Malawi

Vivre à l’étranger est à la fois un plaisir et un challenge. C’est une découverte constante et le sentiment d’être en vacances permanentes peut parfois s’inviter tant la vie prends un autre rythme dans cet ailleurs que devient notre ici.

A ce moment précis ou j’écris, nous sommes vendredi, j’ai fini ma journée de travail et il fait 25 degrés avec un grand soleil, je vais passer le week end dehors, rencontrer du monde, être sans cesse en terrain inconnu. Mais mais passé ce sentiment d’être ailleurs, plus léger, un peu différent, vient aussi le constant dépaysement. Et ce déséquilibre, sortir de sa zone de confort pousse à apprendre, prendre des leçons, devenir familier avec l’inconnu, l’effrayant, le terrifiant.

Vivre ici plus encore qu’ailleurs peut-être. Parce que le Malawi m’était, jusqu’ici, inconnu. Que l’Afrique est si loin de l’Europe. Que l’imaginaire pousse à appréhender la vie ici avec des a priori sur la pauvreté, la qualité de vie.

Alors j’apprends, je compose, je me laisse surprendre et je me fonds dans le décors. Les petites et les grandes leçons, un peu tous les jours, surprenantes, drôles ou douloureuses. C’est la vie ici, en fait. Lire la suite

Malade au Malawi

Ambulance

Ceux qui m’ont vue dans les jours précédent mon départ pour le Malawi m’ont entendue parler d’assurance. L’assurance pour le « cas où » quelque chose arrive. Et surtout quelque chose de grave, d’ennuyeux ou de relou. J’en ai pas mal parlé parce que non seulement ces petites choses coûtent un peu de sous, mais qu’en plus c’est de la paperasse. Et que surtout, surtout je ne prévoyais absolument pas de tomber malade, d’avoir un accident ou de devoir être rapatriée ( bon, personne ne prévoit ça, mais le concept en lui même d’assurance est étrange quand on y pense… non ?). Du coup je n’en voyais pas l’intérêt sinon d’être extrêmement contrariant.

Je dois avouer que les conditions d’exclusion des polices d’assurance m’ont fait bien ricaner. Sachez que si vous souscrivez à ces assurances vous n’êtes pas couverts si : vous pratiquez un sport à risques, transportez de la drogue, conduisez en état d’ivresse – bon tout ça c’est maitrisable – mais aussi en cas de guerre civile, de fission de l’atome ou de catastrophe naturelle. Bien donc. Avec tout ça on part sur de bonnes bases pour le voyage en imaginant le pire à savoir qu’une fission de l’atome provoque un gigantesque tremblement de terre à l’origine d’émeutes. Voila voila. Ambiance

Après lecture de tout ce qui pourrait (le conditionnel est le point clé de cette phrase) arriver de terrible pendant mon voyage j’ai fini par prendre une assurance. Tout ça pour dire que bien m’en a pris puisque j’ai trouvé le moyen de fréquenter 4 des hôpitaux / cliniques du Malawi dans ces deux derniers mois. Je n’aurais jamais imaginé mettre les pieds dans ce genre d’endroit dans toute ma vie. Parce que les photos d’hôpitaux africains m’ont toujours parues à mille lieues de ma vie et de mon univers. Mais parfois la vie nous conduit dans des endroits étonnants, pour une raison que nous ignorons. Mais ça nous change un peu, ça donne du relief à notre vie et surtout ça m’a permis de réaliser la chance que j’ai d’être née en France où j’ai pu toujours être si bien soignée. Non pas que j’aie été mal prise en charge au Malawi, car je suis une muzungu (une blanche), et que j’ai de l’argent pour payer mes soins. Mais tout ici est plus complexe et lent, tout est possible mais rien ne correspond à tout ce que j’avais vu jusqu’ici.

Je m’égare. Alors voila, comme je l’ai déjà dit avant d’arriver ici, je n’avais pas réalisé que le Malawi est l’un des pays les plus pauvres au monde. Et que cette pauvreté s’applique également au système de soin. Ici dispensaires et cliniques se côtoient, public, privé, ONG ou financés par l’Etat. Les soins varient fortement d’une clinique à l’autre et semblent parfois sortis des reportages que l’on peut voir le Match que l’on feuillette chez le médecin, le plus souvent c’est très artisanal pour des yeux européens, un peu comme tout ici, et les médecins doivent composer avec le manque de temps, d’électricité, de moyens ou de formation.

Alors quand je suis rentrée de Zambie le corps couvert de plaques rouge qui me démangeaient j’ai hésité un moment avant d’aller consulter. Mais les démangeaisons ont eu raison de ce que j’imaginait et j’ai découvert la clinique privée de Lilongwe. Dans la salle d’attente un énorme ventilateur et une dizaine de personnes qui attend. Je suis la seule muzungu et je passerai donc devant tout le monde – sans que je demande rien, d’autorité mon nom grimpe sur la liste d’attente. Je ne cesserai ensuite de passer d’un interlocuteur à l’autre et ce sera le cas dans tous les endroits où j’irais. Il semble qu’il soit de mise de parler d’abord à la réception, où l’on prend mon nom, mon prénom, on me demande si je paie cash (oui), avant de me demander d’attendre. Après une quinzaine de minutes une infirmière m’appelle et dans un bout de couloir prend ma tension, ma température et me pèse. Elle note toutes les informations sur mon dossier avant de me renvoyer patienter dans la salle d’attente. Dix minutes plus tard le médecin m’appelle, me fait assoir dans son bureau me demande mes symptômes. Je lui montre mes plaques, explique la sensation. Il est calme et ça m’aide à me calmer à mon tour, non je n’ai pas attrapé une étrange maladie locale (j’ai une légère tendance hypocondriaque surtout que j’ai eu l’excellente idée de rechercher sur google plaques rouges + démangeaisons + afrique – ne le faite pas ! ), c’est un eczéma allergique un peu impressionnant. Rien d’incurable donc. Le médecin me prescrit des médicaments et crèmes, 5 jours de traitement et je serais comme neuve ! Comme je dois avoir l’air un peu perdu il m’indique que maintenant je dois aller à la pharmacie (le bureau juste à côté), pour récupérer mes médicaments. Je m’exécute, tend mon ordonnance à la jeune demoiselle derrière le comptoir. Elle me fait signe de retourner en salle d’attente. Elle me rappelle quelques minutes plus tard pour m’expliquer le traitement et me confier mes médicaments ( note pour les pharmaciens de France : ici ils délivrent la dose exacte de médicaments = pas de déchets ! ) ! Après quoi je dois retourner à la réception qui me tend la note totale ( environ 12 euros ), et me demande d’aller payer à la caisse – le bureau à côté de la pharmacie. Et voila. Je suis donc en possession de quoi me soigner et tous ces gens qui étaient là avant moi sont encore en train d’attendre. Le ventilo tourne toujours sur un rythme lent.

Quelques semaines plus tard alors que je séjourne au bord du lac, je suis prise de violents maux de tête, j’ai de la fièvre, des courbatures et je tousse. Malaria, es tu là ? Pas de temps à perdre, je ne suis pas la seule à être malade alors nous partons en convoi au dispensaire de Cape Maclear. Un dispensaire, un vrai de vrai, sommaire, bondé. Les locaux paient 5000MK  pour y être soigné (environ 7 euros), on me demandera 90€ ( fort bien dépensé puisqu’ils soutiennent le dispensaire mais sur le coup j’ai juste eu l’impression d’être le pigeon du siècle). Grâce au précieux sésame du paiement (une feuille de papier sensée me servir de carnet de santé), j’ai droit à la pesée publique : une balance tirée sur le perron où se tient une vingtaine de personne, oubliez toute pudeur, tout le monde se fout de votre poids – et a priori ici plus le compteur affiche un chiffre élevé mieux c’est car cela veut dire que tu as suffisamment d’argent pour bien te nourrir, tu es donc riche-. Après ce folklorique moment je suis envoyée attendre devant le bureau du docteur muzungu. J’attends dans le couloir au milieu d’une trentaine de personnes assises / allongées sur des bancs et sur le sol. Les gens nous dévisagent. Chacun entre dans le bureau au fur et à mesure mais la encore notre statut de muzungu nous fait avancer plus vite dans la file d’attente – pas vraiment organisée – vers le docteur. Le médecin, une anglaise installée ici depuis 12 ans m’examine sommairement, elle n’est pas inquiète ( ça semble un point commun chez tous les docteurs du monde, ce calme olympien qui a sans doute pour but de garder les hypocondriaques relativement détendus), et me prescrit un test rapide de malaria avant de m’envoyer au labo, au bout d’un autre couloir. Alors que j’attends devant ce nouveau bureau je suis le point de mire. Et la encore j’entre plus vite que les autres dans ce « labo », une toute petite pièce où les rapid tests de malaria s’entassent. Le laborantin est amusé que ce soit ma « première fois ». Il me pique le bout du doigt, prélève un peu de sang et le dépose sur le test. C’est comme un test de grossesse, il faut attendre un peu et voir. Une barre, négatif, deux barres positif. Après vingt minutes d’attente c’est négatif. Retour chez le docteur. Pas de malaria, surement un virus du coin. Voila j’ai une prescription pour du paracétamol. Compris dans les 90 euros, au revoir merci. Moi, mon paracétamol et mes habitudes de la médecine française si accessible repartons avec pour consigne de consulter à nouveau si la toux n’est pas partie dans les trois prochains jours. Je n’aurais pas à repayer, ouf. [ Je ne me plains pas de payer, après tout si ça peut aider la clinique. Je pense aussi que les soins ont une valeur importante au delà du traitement et des analyses, le travail des médecins a un coût, mais au Malawi 90€ représentent environ 4 mois de salaire minimum, une fortune donc. ]

Mon paracétamol et moi ne sommes absolument pas surpris de toujours tousser après 3 jours. Alors cette fois, pour éviter la clinique bondée et de devoir expliquer que je reviens, que je n’ai pas à payer et que je veux voir tel médecin – tout est un peu plus compliqué ici comme je l’ai déjà dit – je prends la route de Monkey Bay (la « ville » la plus proche). Direction la clinique privée. Radicale différence. Il n’y a personne dans la salle d’attente, les rideaux volètent dans une petite brise loin de l’atmosphère lourde et chaude du dispensaire. Je n’ai plus de fièvre aussi tout me parait moins compliqué. Le médecin me reçoit immédiatement et m’ausculte devant les collègues qui m’accompagnent. Sommairement bien évidemment. Tension, bruit des poumons, fièvre. Et vos symptômes ? Toux, fatigue, douleurs dans le thorax et le dos. Mmmm… Infection pulmonaire, rien de grave, je vous mets sous antibiotiques et antidouleurs pour 5 jours. Action, réaction, j’ai le tout en main en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Ca fera 10 000 MK (12 euros), au revoir merci.

Expéditif. Efficace me dis-je. Jusqu’à ce que je découvre quelques jours plus tard que les antibiotiques que je prends religieusement ne sont plus utilisés en Europe car ils ont causé quelques graves effets secondaires irréversibles, mais surtout qu’ils sont destinés à soigner les yeux. Pas les poumons donc. Panique à bord… je fais quoi ? Le médecin conseil de ma fameuse assurance ne répond pas. SOS famille, heureusement que la moitié de mes oncles et tantes est médecin. Pas de panique, les cas graves sont rares et mieux vaut utiliser cet antibiotique que rien du tout, par contre il faudrait voir un autre médecin pour vérifier quand même que ça va. Vérifions donc.

Sauf que vérifier avec un autre médecin au Malawi ce n’est pas prendre le métro, faire deux changements et consulter le spécialiste mondial des poumons. Non, non. C’est quatre heures de route pour Lilongwe. Pour consulter dans l’une, sinon la, meilleure clinique du pays. J’arrive trop tard dans la journée à Lilongwe pour voir un médecin, on me conseille de venir à la clinique pour 8 heures le lendemain matin. Je m’exécute. A mon arrivée à la clinique le lendemain on m’annonce que les médecins ne commencent à travailler qu’à 8h30. Oui, avant c’est prière et chants. D’ailleurs le hall de la clinique sert aux prières matinales des infirmières et des secrétaires. Ca m’occupe alors que j’attends. Et puis petit à petit la clinique s’anime. Je passerai près de 4 heures dans ce hall, à voir défiler les gens, c’est aussi passionnant qu’un hall d’aéroport, il y a beaucoup à dire sur tout ce qui se passe ici. On me remet un petit passeport de santé (souvenir à conserver à tout prix), j’attends un moment avant que l’infirmière ne m’appelle pour prendre ma tension, ma température et me peser (dans un coin de couloir ) puis j’attends à nouveau avant que le médecin ne me reçoive. Il m’écoute, m’ausculte dans un bureau (fermé), me prescrit une radio des poumons et une pris de sang. Je suis envoyée de l’autre côté de la clinique – ici encore j’aurais affaire à un nombre incalculable d’interlocuteurs en plus du médecin ! – pour me faire connaitre auprès de la réception du laboratoire. On me demande d’attendre puis une infirmière vient me chercher pour la prise de sang. Evelyn, infirmière depuis 1977 (elle me l’a dit elle même) s’occupe de moi avec une grande gentillesse avant de m’indiquer que j’aurais les résultats dans 1h30, et que je verrais le médecin ensuite. Je me dirige ensuite vers la radiologie. Et là patatras, toute cette organisation si bien huilée tombe à l’eau. Coupure d’électricité générale. La clinique est éclairée avec un générateur, trop peu puissant pour faire tourner la radio. Pas de radio donc. On me demande d’attendre « au cas où » l’électricité revienne. 2 heures plus tard  il n’y a toujours pas d’électricité et la coupure touche tout le quartier. Alors le médecin me dit que de toute manière on ne verrait rien à la radio, la prise de sang ne montre rien, donc il n’y a pas d’infection. Nouvelle prescription pour des antibiotiques, un sirop pour la toux. Et voila.

Docteur, j’ai besoin d’un papier pour l’assurance. Une heure de plus pour obtenir ce papier imprimé et signé. Entre temps, en habituée des cliniques du Malawi, je suis passée à la pharmacie, à l’accueil et à la caisse (25 euros). Voila.

Quatre hôpitaux, cliniques, dispensaires plus tard je suis toujours un peu malade mais ça va mieux. Et surtout je me sens chanceuse d’avoir une vie si simple et facile. D’avoir grandi en France, avec un bon système de santé. Facile d’accès, efficace, rapide, quoi qu’on en dise. Chanceuse aussi de pouvoir me soigner ici, au Malawi, quant ces soins restent inaccessibles – physiquement et financièrement – pour beaucoup. Evidemment je ne peux pas vous décrire tout en détails, les odeurs, les gens, les bruits, feutrés comme chez nous dans n’importe quel cabinet médical. Et comment vous expliquer les meubles, si différent, l’atmosphère tellement loin de tout ce que j’ai jamais vu, les médecins, calmes, professionnels mais si … autres que les médecins français ? C’est tout un autre monde, avec des choses en tout points identiques et d’autres qui ne pourraient être plus éloignées. Impossible de dire toutes ces sensations, ces pensées, ces différences et ces similitudes. Mais ces heures passées à attendre dans les couloirs des cliniques du Malawi m’ont forcément changé, un peu.